Ce que l'étude PURE a trouvé, et pourquoi c'est inattendu
L'étude PURE a mesuré la force de préhension au dynamomètre Jamar chez 139 691 personnes de 17 pays, à tous les niveaux de revenu. Sur 4 ans de suivi médian, 3 379 décès. Chaque réduction de 5 kg de force est associée à une mortalité toutes causes supérieure de 16 %, à une mortalité cardiovasculaire supérieure de 17 %, à un risque d'infarctus supérieur de 7 % et d'accident vasculaire cérébral supérieur de 9 %.
La phrase qui a retenu l'attention est ailleurs dans l'article : la force de préhension est un meilleur prédicteur de la mortalité toutes causes et de la mortalité cardiovasculaire que la pression artérielle systolique. Un geste de trois minutes, sans consommable, bat une mesure que tout le monde fait.
L'association tient à travers les strates de revenu des pays, ce qui écarte l'hypothèse d'un simple reflet du niveau de vie. Elle ne tient pas pour le diabète incident, la pneumonie, les chutes ni les fractures : ce marqueur ne prédit pas tout.
La confirmation sur un demi-million de Britanniques
La UK Biobank a repris la question sur environ un demi-million de participants de 40 à 69 ans, dont 54 % de femmes, avec 13 322 décès sur 7,1 ans de suivi moyen. Par 5 kg de force en moins, la mortalité toutes causes augmente de 20 % chez les femmes et de 16 % chez les hommes.
Le même gradient apparaît pour la mortalité cardiovasculaire, respiratoire, par bronchopneumopathie chronique obstructive, par cancer colorectal et par cancer du poumon. Il n'apparaît pas pour le cancer de la prostate. Plusieurs de ces associations sont plus marquées chez les plus jeunes de la cohorte, ce qui va contre l'idée d'un marqueur réservé au grand âge.
Les auteurs ont aussi testé l'apport prédictif réel : ajouter la force de préhension à un score de risque classique, fait d'âge, de sexe, de diabète, d'indice de masse corporelle, de pression systolique et de tabac, améliore l'indice de concordance de 0,013 pour la mortalité toutes causes. C'est un gain modeste, à l'échelle d'une population.
La hiérarchie des capacités physiques
Avant ces deux cohortes, une méta-analyse publiée dans le British Medical Journal en 2010 avait comparé quatre mesures de capacité physique : force de préhension, vitesse de marche, lever de chaise et équilibre unipodal. Les quatre sont associées à la mortalité.
Pour la force de préhension, 14 études et 53 476 participants donnent un risque de mortalité 1,67 fois plus élevé dans le quart le plus faible que dans le quart le plus fort, après ajustement sur l'âge, le sexe et la taille corporelle.
L'intérêt pratique de cette méta-analyse est de montrer qu'aucune de ces mesures n'est supérieure aux autres de façon décisive. La préhension l'emporte sur la simplicité : un seul appareil, aucune place nécessaire, aucun risque de chute.
Les seuils de faiblesse, et ce qu'ils valent
La UK Biobank définit la faiblesse musculaire par une force inférieure à 26 kg chez l'homme et à 16 kg chez la femme, et ce seuil est associé à un risque plus élevé pour presque tous les critères étudiés. Le groupe de travail européen sur la sarcopénie, dans sa révision de 2018, a fait de la force musculaire basse la caractéristique centrale de la sarcopénie et publié ses propres points de coupure.
La force de préhension figure aussi parmi les cinq critères du phénotype de fragilité décrit en 2001, avec la perte de poids involontaire, l'épuisement, la lenteur de marche et la faible activité physique. Trois critères sur cinq définissent la fragilité.
Un seuil n'est pas un diagnostic. Il sert à déclencher une suite : un bilan de force complet, une évaluation de la marche, et une orientation médicale quand la faiblesse est récente, asymétrique ou accompagnée de signes neurologiques.
Les normes par âge, pour interpréter un chiffre isolé
Un chiffre sans référence ne sert à rien. Douze études britanniques, 49 964 participants et 60 803 mesures, ont produit des courbes de centiles de 4 à 90 ans. Elles décrivent trois périodes : une montée jusqu'au pic au début de l'âge adulte, un maintien jusqu'à la quarantaine, puis un déclin.
Le pic médian est de 51 kg chez l'homme entre 29 et 39 ans, de 31 kg chez la femme entre 26 et 42 ans. La prévalence d'une force faible, définie comme au moins 2,5 écarts-types sous le pic, monte à 23 % chez les hommes et 27 % chez les femmes à 80 ans.
Ces courbes sont britanniques. Elles donnent un ordre de grandeur, pas une norme française. L'usage le plus solide reste la comparaison d'une personne à elle-même, à six ou douze mois d'intervalle, avec le même appareil.
Comment mesurer sans fabriquer du bruit
Une revue publiée dans Age and Ageing en 2011 a recensé les protocoles existants et proposé une procédure standardisée, parce que les écarts de méthode suffisaient à rendre les études incomparables. Les éléments qui bougent le résultat sont connus : le type d'appareil, la position assise ou debout, l'angle du coude, le réglage de la poignée, le nombre d'essais et l'encouragement verbal.
Une procédure utilisable en cabinet : assis, coude fléchi à 90 degrés, poignée réglée à la taille de la main, trois essais par main avec une pause, et on retient la valeur maximale. Toujours le même appareil, toujours la même consigne, toujours notée avec la main dominante.
L'analyse de sensibilité des courbes britanniques indique que leurs résultats restent valables malgré les différences de dynamomètre et de position. Cela vaut pour des moyennes de population, pas pour le suivi d'une personne, où un changement d'appareil peut à lui seul créer un écart.
Ce que ces données ne permettent pas de conclure
Les auteurs de PURE sont explicites sur ce point : il reste à démontrer qu'améliorer la force réduit la mortalité. Toutes les données présentées ici sont d'observation. Une force basse peut être le signe d'une maladie déjà installée plutôt que sa cause.
C'est la limite du raisonnement qui consiste à faire travailler la poignée pour améliorer le pronostic. La force de préhension est un indicateur de l'état général du muscle et du système nerveux, pas un muscle à entraîner pour lui-même. Travailler une pince de main n'améliore pas le pronostic, et aucune étude ne le suggère.
Ce que l'on peut dire : c'est une mesure peu chère, reproductible, qui classe les gens avec une force comparable à celle des marqueurs biologiques habituels, et qui donne une raison concrète d'engager un travail de force global plutôt qu'une discussion abstraite sur le vieillissement.
Sources
- 1.Leong DP, et al. Prognostic value of grip strength: findings from the Prospective Urban Rural Epidemiology (PURE) study. Lancet. 2015.
- 2.Celis-Morales CA, et al. Associations of grip strength with cardiovascular, respiratory, and cancer outcomes and all cause mortality: prospective cohort study of half a million UK Biobank participants. BMJ. 2018.
- 3.Cooper R, et al. Objectively measured physical capability levels and mortality: systematic review and meta-analysis. BMJ. 2010.
- 4.Dodds RM, et al. Grip strength across the life course: normative data from twelve British studies. PLoS One. 2014.
- 5.Roberts HC, et al. A review of the measurement of grip strength in clinical and epidemiological studies: towards a standardised approach. Age Ageing. 2011.
- 6.Cruz-Jentoft AJ, et al. Sarcopenia: revised European consensus on definition and diagnosis. Age Ageing. 2019.
- 7.Fried LP, et al. Frailty in older adults: evidence for a phenotype. J Gerontol A Biol Sci Med Sci. 2001.
Liens pour approfondir
- Leong DP, et al. Prognostic value of grip strength: findings from the Prospective Urban Rural Epidemiology (PURE) study. Lancet. 2015
- Celis-Morales CA, et al. Associations of grip strength with cardiovascular, respiratory, and cancer outcomes and all cause mortality: prospective cohort study of half a million UK Biobank participants. BMJ. 2018
- Cooper R, et al. Objectively measured physical capability levels and mortality: systematic review and meta-analysis. BMJ. 2010
Questions fréquentes
Quelle est une bonne force de préhension ?
Les courbes britanniques donnent un pic médian de 51 kg chez l'homme entre 29 et 39 ans et de 31 kg chez la femme entre 26 et 42 ans, suivi d'un déclin après la quarantaine. La UK Biobank retient comme faiblesse une valeur inférieure à 26 kg chez l'homme et à 16 kg chez la femme.
Pourquoi la force de la main prédirait-elle la mortalité ?
Elle reflète l'état du muscle et de sa commande nerveuse dans tout le corps, pas seulement dans la main. Dans l'étude PURE, chaque réduction de 5 kg est associée à une mortalité toutes causes supérieure de 16 %, et ce marqueur prédit mieux la mortalité que la pression artérielle systolique.
Faut-il entraîner sa poigne pour améliorer son pronostic ?
Non, et aucune étude ne le suggère. La force de préhension est un indicateur, pas une cible. Les données disponibles sont d'observation, et les auteurs de PURE rappellent qu'il reste à démontrer qu'améliorer la force réduit la mortalité. Le travail de force concerne le corps entier.
Quel appareil et quel protocole utiliser ?
Un dynamomètre à main, assis, coude à 90 degrés, poignée ajustée à la taille de la main, trois essais par main avec pause, valeur maximale retenue. Le type d'appareil et la position modifient le résultat : il faut garder les mêmes d'une mesure à l'autre.
Ce test remplace-t-il un bilan sanguin ?
Non. Ajouté à un score de risque classique, il améliore l'indice de concordance de 0,013 pour la mortalité toutes causes, un gain réel mais modeste. Il prédit la mortalité et les événements cardiovasculaires, pas le diabète incident, les chutes ni les fractures.
Cet article a été rédigé à des fins d'information et d'éducation. Il ne remplace pas un avis médical. Pour toute question de santé personnelle, consultez un professionnel.
